En un instant, la vie peut basculer. Une femme qui perd son époux, son soutien et le foyer tel qu’elle le connaissait. Elle devient alors veuve, avec une douleur profonde et une réalité nouvelle à affronter. En Islam, cette épreuve n’est ni minimisée ni ignorée. Allah سبحانه و تعالى a établi un cadre précis pour la femme endeuillée, afin de la protéger, de préserver sa dignité et de respecter le lien conjugal qui l’unissait à son mari.
Cette période de deuil, appelée al ‘iddah (العدة), est pourtant souvent mal comprise. Entre traditions, exagérations et négligences, nombreuses sont les sœurs veuves qui peinent à distinguer les pratiques légiférées de celles qui ne le sont pas. Il est donc naturel de se demander… Quels sont les droits et les obligations de la femme veuve durant le deuil ?
Dans cet article, l’équipe Zawaj Sounnah explorera les règles, les limites et les sagesses qui encadrent la vie d’une femme après la perte de son mari. Toujours à la lumière du Coran, de la Sounnah et de la compréhension de nos pieux prédécesseurs.
Qu’est-ce que l’‘iddah ?
Qu’est-ce que l’‘iddah ?
L’‘iddah (العدة) est la période légale prescrite par Allah سبحانه و تعالى que doit observer une femme après le décès de son mari ou après un divorce. Elle n’est pas une simple formalité, ni une contrainte arbitraire : c’est une prescription divine visant à encadrer la veuve avec respect, protection et dignité. Pour une femme dont le mari est décédé, cette période dure 4 mois et 10 jours, comme Allah سبحانه و تعالى le précise dans le Coran :
« Ceux des vôtres que la mort frappe et qui laissent des épouses: celles-ci doivent observer une période d’attente de quatre mois et dix jours. Passé ce délai, on ne vous reprochera pas la façon dont elles disposeront d’elles-mêmes d’une manière convenable. Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » (Sourate Al-Baqarah verset 234)
D’après Zaynab رضي الله عنها, le Prophète صلى الله عليه وسلم a aussi dit :
« Il n’est pas permis à une femme qui croit en Allah et au jour dernier de faire le deuil pour un mort au delà de trois jours sauf pour le mari pour lequel le deuil est de 4 mois et dix jours ». (Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°1280 et Mouslim dans son Sahih n°1490)
Si la veuve est enceinte au moment du décès, l’‘iddah se prolonge jusqu’à la naissance de l’enfant, afin de préserver la clarté de la filiation et les droits de l’enfant à naître.
Pourquoi l’‘iddah a-t-elle été prescrite ?
Pourquoi l’‘iddah a-t-elle été prescrite ?
Dans une khoutbah intitulée Parmi les règles du deuil (de la veuve)… , Sheikh ‘Ali Ibn Yahya Al-Hadady revient sur les bienfaits et sagesses qui découlent de l’‘iddah :
« Les règles relatives au deuil (de la veuve) en Islam constituent l’un des mérites de ce dernier puisqu’elles rassemblent :
ce qu’il convient (de donner) au mari comme droits,
le témoignage de respect dû au lien conjugal,
le fait d’accorder à l’épouse sa part de tristesse consécutive à la séparation d’avec son mari et partenaire de vie.
Dans le même temps, ces règles ne contiennent ni transgression, ni préjudice, ni humiliation à l’encontre de la femme. ». Ces paroles rappellent que l’‘iddah n’est pas un fardeau imposé à la veuve, mais une mesure de sagesse divine qui vise à protéger toutes les parties et à organiser la période de deuil de manière juste et équilibrée.
Respecter le mari et honorer le lien du mariage
L’Islam veille à ce que le mariage conserve sa valeur même après la mort de l’époux. La période d’‘iddah permet de respecter les droits du mari décédé, en protégeant la mémoire du lien conjugal et en honorant la relation sacrée qui les unissait. Ce cadre montre que le mariage n’est pas seulement un contrat social, mais un lien spirituel devant Allah سبحانه و تعالى, qui mérite respect et considération même après la séparation par la mort.
Un temps pour se recueillir et se reconstruire
La perte d’un mari est une épreuve émotionnelle profonde. L’‘iddah permet à la femme de pleurer, se recueillir et accepter la nouvelle réalité, tout en restant protégée sur les plans social et psychologique. Cette période offre un temps nécessaire pour traverser son épreuve avec patience et dignité, tout en renforçant son lien spirituel avec Allah سبحانه و تعالى.
Clarté juridique et sécurité des droits
Sur le plan pratique, l’‘iddah joue un rôle important pour éviter toute confusion concernant une éventuelle grossesse et garantir que la filiation des enfants soit claire. Elle protège ainsi à la fois la veuve et ses enfants, en assurant que leurs droits soient respectés et préservés.
Les veuves à l’ère pré-islamique : Sheikh ‘Ali Ibn Yahya Al-Hadady
Les veuves à l’ère pré-islamique : Sheikh ‘Ali Ibn Yahya Al-Hadady
Sheikh ‘Ali Ibn Yahya Al-Hadady décrit les conditions de vie pénibles des veuves avant l’avènement de l’Islam en disant :
« Lorsque la femme, à l’époque pré-islamique (Jahiliyyah), perdait son époux, elle s’exilait dans un endroit exigu et infâme, et y demeurait une année sans se laver, ni se nettoyer, ni s’enduire (de crèmes odorantes).
Puis, une fois l’année écoulée, on lui apportait une bête, telle qu’un âne, une brebis ou un oiseau, avec laquelle elle s’essuyait et se frictionnait. La plupart du temps, elle ne se frictionnait pas avec un animal sans que celui-ci ne meurt en raison de son odeur pestilentielle et de sa saleté. Ensuite, elle saisissait du crottin puis le jetait avant de retourner à ce à quoi elle s’adonnait auparavant comme parfum et parure. Et en lançant le crottin, elle insinuait à ceux qui étaient présents que ce qu’elle avait fait avec son mari (son deuil) était plus simple pour son cœur et plus aisé encore que de jeter ce crottin. Comme est belle et grande la religion de l’Islam ! »
Quelles sont les obligations de la veuve durant l’‘iddah ?
Quelles sont les obligations de la veuve durant l’‘iddah ?
Sheikh ‘Abdel-‘Aziz Ibn ‘Abdi-llah Ibn Baz رحمه الله explique, en se fondant sur les hadiths authentiques, que la veuve en période de deuil est tenue de respecter cinq obligations fondamentales. Ces règles définissent précisément ce qu’implique l’‘iddah de la femme dont le mari est décédé, sans ajout ni exagération.
Demeurer dans la demeure conjugale
La veuve doit rester dans la maison où elle résidait au moment du décès de son mari jusqu’à la fin de sa période de viduité, qui est de quatre mois et dix jours, sauf si elle est enceinte, auquel cas son ‘iddah prend fin à l’accouchement, conformément à la parole d’Allah سبحانه و تعالى :
« Et quant à celles qui sont enceintes, leur période d’attente se terminera à leur accouchement. » (Sourate At-Talaq, verset 4)
Elle ne quitte son domicile que par nécessité ou besoin légitime, comme se rendre à l’hôpital, effectuer des démarches indispensables ou faire des courses si personne ne peut s’en charger. De même, si la maison devient inhabitable ou si elle craint pour sa sécurité, il lui est permis de la quitter. D’après Fari’a Bint Malik رضي الله عنها, le Prophète صلى الله عليه وسلم lui a dit après le décès de son mari :
« Reste dans ta maison jusqu’à la fin du délai ». (Rapporté par Abou Daoud, Tirmidhi, Nasai, Ibn Maja et authentifié par Cheikh Albani dans Irwa Al Ghalil vol 7 p 206)
Sheikh Al Islam Ibn Taymiya رحمه الله a aussi dit à ce sujet : « Si elle est sortie pour une chose dont elle a besoin et a dormi chez elle alors il n’y a rien à lui reprocher. Par contre si elle est sortie sans besoin et a dormi dans une autre maison que la sienne sans besoin (…) alors qu’elle demande pardon à Allah et se repente auprès de lui ». (Majmou’ Al Fatawa 34/28)
Éviter les vêtements attrayants
Il n’est pas permis à la veuve de porter des vêtements beaux ou voyants, tels que ceux habituellement portés lors des fêtes ou des occasions particulières. Elle se contente de vêtements simples et ordinaires, sans qu’une couleur spécifique ne lui soit imposée. L’essentiel est que les habits ne soient pas attirants, conformément à l’ordre du Prophète صلى الله عليه وسلم.
Délaisser toute parure
La veuve doit s’abstenir de porter toute forme de parure durant l’‘iddah : or, argent, diamants, perles, colliers, bracelets, bagues et tout ce qui est assimilé aux bijoux. Cette interdiction s’applique jusqu’à la fin complète de la période de deuil. Si elle porte de l’or lors de l’annonce du décès de son époux, elle doit immédiatement le retirer.
S’abstenir de tout parfum
Il lui est interdit d’utiliser le parfum, sous quelque forme que ce soit : sur le corps, les vêtements, ou même dans la nourriture et les boissons. La seule exception concerne l’usage léger d’encens après la purification des menstrues, ce qui est autorisé par la Sounnah. D’après Oum Atiya رضي الله عنها :
« On nous interdisait de faire le deuil pour un mort au delà de 3 jours sauf pour le mari pour lequel le deuil est de 4 mois et 10 jours. On ne doit pas mettre de kohl, pas de parfum, ni de vêtement teint sauf s’il est teint puis tissé. Et il nous a été autorisé au moment de la pureté, lorsque l’une d’entre nous fais le ghousl pour ses menstrues de faire usage de parfum. Et il nous était interdit de suivre les cortèges funéraires ». (Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°5341 et Mouslim dans son Sahih n°938)
Ne pas se maquiller ni utiliser le khôl
La veuve ne doit pas mettre de khôl, ni se maquiller, ni recourir à tout ce qui embellit le visage et attire les regards. En revanche, les soins ordinaires tels que se laver le visage avec de l’eau et du savon sont permis. D’après Oum Salama رضي الله عنها, le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit :
« La femme dont le mari est décédé ne porte pas d’habits teints en jaune ou en rouge, ni de bijoux, elle ne doit pas se teindre les cheveux ni mettre du kohl». (Rapporté par Abou Daoud dans ses Sounan n°2304 et authentifié par Cheikh Albani)
Clarification importante : ce qui n’est pas interdit
Sheikh ‘Abdel-‘Aziz Ibn ‘Abdi-llah Ibn Baz souligne que de nombreuses restrictions répandues parmi les gens n’ont aucun fondement religieux. La veuve peut notamment :
- parler aux gens, en personne ou par téléphone
- se laver quand elle le souhaite
- marcher dans sa maison, pieds nus ou chaussée
- accomplir ses tâches quotidiennes
- recevoir ses proches mahrams et les femmes
- vivre normalement dans sa maison dans le respect des règles légiférées.
En revanche, elle ne peut pas être demandée en mariage de manière explicite durant l’‘iddah, bien qu’une allusion indirecte soit permise.
Veuve en Islam : le rôle de la famille et de la communauté
Veuve en Islam : le rôle de la famille et de la communauté
Être veuve ne signifie pas être seule. En Islam, la veuve a droit au soutien et à la bienveillance de sa famille et de sa communauté. Un accompagnement sincère peut profondément alléger cette épreuve.
Cela commence par des paroles apaisantes : l’encourager au rappel d’Allah سبحانه و تعالى, à la patience et à la prière, avec douceur et sans pression. Être présent, écouter sans juger et prendre de ses nouvelles permet de rompre l’isolement et de lui offrir un réel réconfort.
Les visites doivent rester respectueuses des règles de pudeur et de l’‘iddah, dans la discrétion et la bienveillance. L’aide concrète, comme les courses, les démarches, le soutien au quotidien, est souvent plus précieuse que de longs discours.
Enfin, il est important de lui rappeler qu’après la fin de l’‘iddah, l’Islam lui permet de se reconstruire et d’envisager l’avenir avec espoir, y compris par un nouveau mariage si elle le souhaite. Accompagner une veuve, c’est incarner la miséricorde et la solidarité prônées par l’Islam.
Zawaj Sounnah : un soutien pour nos sœurs veuves
Zawaj Sounnah : un soutien pour nos sœurs veuves
Vous êtes une sœur veuve qui souhaite se remarier ? Zawaj Sounnah propose de vous mettre en relation avec des frères de la communauté, dans un cadre légiféré. Notre plateforme est sans mixité et a été conçue dans le respect des règles posées par le Coran et la Sounnah, selon la compréhension des pieux prédécesseurs.
Depuis le lancement du projet en 2021, près de 2 000 personnes ont déjà été mariées par cette cause. Des frères et des sœurs qui désespéraient de pouvoir un jour se (re)construire, et qui aujourd’hui ont la joie de bâtir un foyer fondé sur l’amour, l’entraide et la bienveillance. Pour rejoindre vous aussi la communauté Zawaj Sounnah, rendez-vous juste en bas…



