« Je te divorce ! » « Je suis fatiguée. Je retourne chez mes parents… » Pour certains couples musulmans, prononcer ces phrases est presque devenu une habitude. Une dispute éclate, la colère monte et les mêmes menaces reviennent. L’un parle de divorce, l’autre prend ses affaires et retourne chez ses parents. Puis, quelques jours plus tard, les esprits s’apaisent, le couple se réconcilie et la vie reprend son cours… jusqu’à la prochaine dispute.
Puisque le couple est toujours ensemble, on pourrait penser que ces scènes de ménage sont sans conséquence. Mais la réalité est tout autre… Derrière ces disputes à répétition, il y a aussi des proches fatigués d’être sans cesse mêlés à des conflits qui ne les concernent pas, des enfants qui vivent avec la peur constante de voir leur famille se briser et, surtout, deux époux qui s’aiment peut-être encore, mais qui ne savent plus comment se parler.
Alors, quel est le jugement de l’Islam sur les menaces de divorce à répétition ? Comment retrouver une communication plus saine pour préserver son mariage ?
C’est ce que l’équipe Zawaj Sounnah vous propose de découvrir dans les lignes de cet article. Toujours à la lumière du Coran et de la Sounnah selon la compréhension de nos pieux prédécesseurs.
Quand chaque dispute menace le mariage
Quand chaque dispute menace le mariage
Dans un mariage, les désaccords sont inévitables. Mais lorsque chaque dispute se termine par « Je vais te divorcer », « Divorce-moi ! » ou encore « Je retourne chez mes parents », le conflit prend une tout autre dimension. Ce n’est plus seulement le sujet de la dispute qui est en jeu : c’est le mariage lui-même qui est constamment menacé. Pourtant, Allah سبحانه وتعالى appelle les époux à préserver une vie conjugale fondée sur la bienséance :
« Et comportez-vous convenablement envers elles. » (Sourate An-Nisa, verset 19)
Cheikh Mohammad Aman Al-Jami رحمه الله mettait justement en garde les hommes contre cette habitude :
« Il ne fait pas partie du bon comportement envers les épouses que la femme soit sous la menace du divorce à toute occasion. » (Qurrat ‘Uyûn al-Muwahhidin, p. 39)
La mise en garde concerne aussi les femmes qui réclament le divorce au moindre désaccord. D’après Thawban رضي الله عنه, le Prophète صلى الله عليه وسلم a ainsi dit :
« Toute femme qui demande le divorce à son mari sans raison alors l’odeur du paradis lui est interdite » (Rapporté par Rapporté par Tirmidhi dans ses Sounan n°1187)
Partir chez ses parents après une dispute
Et que dire de ces disputes qui se terminent systématiquement par un départ chez les parents ? Cheikh Mohammad Ibn ‘Omar Bazmoul حفظه الله explique que lors d’un conflit avec son mari, la femme ne devrait pas quitter son foyer, sauf si elle craint que la situation ne s’aggrave et que le mal ne s’intensifie. Il rappelle à ce sujet cette parole d’Allah سبحانه وتعالى concernant les femmes divorcées :
« Ne les faîtes pas sortir de leurs maisons, et qu’elles n’en sortent pas, à moins qu’elles n’aient commis une turpitude prouvée. Telles sont les lois d’Allah. Quiconque cependant transgresse les lois d’Allah, se fait du tort à lui-même. Tu ne sais pas si d’ici là Allah ne suscitera pas quelque chose de nouveau ! » (Sourate At-Talaq, verset 1)
Le Cheikh souligne que si cette recommandation concerne une femme déjà divorcée, elle est à plus forte raison à considérer lorsque le désaccord n’a même pas atteint ce stade. Il ne s’agit évidemment pas de demander à une personne de rester dans un foyer où elle craint pour sa sécurité ou subit un véritable préjudice. Il s’agit plutôt de ne pas faire du divorce, de la séparation ou du départ du domicile une réponse automatique à chaque conflit.
Car à force de menacer son mariage, une parole peut finir par être prononcée qui ne sera plus une simple menace. « Je vais te divorcer » et « Tu es divorcée » n’ont justement pas les mêmes conséquences en Islam. C’est ce que nous allons voir maintenant.
Quand le divorce est-il réellement prononcé ?
Quand le divorce est-il réellement prononcé ?
Toutes les paroles prononcées pendant une dispute n’ont pas les mêmes conséquences. Dire « Je vais te divorcer », « Tu es divorcée » ou encore « Si tu fais cela, tu es divorcée » peut sembler très proche dans le langage courant. Pourtant, en Islam, leur jugement peut être différent.
C’est aussi ce qui rend les menaces de divorce si dangereuses : à force de jouer avec les mots, certains époux finissent par prononcer une formule sans savoir si leur divorce est réellement devenu effectif.
« Je vais te divorcer » : le divorce a-t-il eu lieu ?
Dire à son épouse « Je vais te divorcer » n’est pas la même chose que lui dire « Tu es divorcée ». Dans le premier cas, l’époux annonce une action qu’il envisage de faire dans le futur. Cheikh Ibn Baz رحمه الله a notamment été interrogé au sujet d’un homme disant à son épouse : « Si tu fais cela, je vais te divorcer ». Il explique que cette parole constitue une menace de divorce et non un divorce en lui-même.
Autrement dit, aussi mauvaise soit l’habitude de menacer constamment son épouse, la simple phrase « Je vais te divorcer » ne signifie pas nécessairement que le divorce a déjà été prononcé.
« Si tu fais cela, tu es divorcée » : qu’en est-il ?
La situation devient différente lorsque l’époux rattache directement le divorce à une condition : « Si tu vas à tel endroit, tu es divorcée », « Si tu fais cela, tu es divorcée », etc. On parle alors de divorce conditionnel.
Selon Cheikh Ibn Baz رحمه الله, si l’homme souhaitait réellement que le divorce ait lieu lorsque la condition se réalise, celui-ci prend effet. S’il cherchait seulement à menacer ou empêcher son épouse de faire quelque chose, le Cheikh lui donne le jugement du serment et mentionne une expiation si la condition est enfreinte. Il existe toutefois une divergence entre les savants sur le divorce conditionnel.
« Tu es divorcée » : peut-on revenir sur ses paroles ?
Dire explicitement à son épouse « Tu es divorcée » est bien plus grave qu’une simple menace. Cheikh Al-Albani رحمه الله explique que lorsqu’une formule de divorce est explicite, l’intention n’est pas considérée de la même manière que pour une formule indirecte : l’homme ne peut donc pas simplement affirmer ensuite qu’il voulait seulement faire peur à son épouse. C’est également ce que rappelle le hadith rapporté par Abou Hourayra, dans lequel le Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم dit :
« Il y a trois choses qui sont sérieuses, si vous les dites sérieusement ou en plaisantant, elles sont sérieuses : le mariage, le divorce et la reprise de l’ex épouse. » (Rapporté par Abou Dawoud n° 2194, At-Tirmidhi n° 1184 et Ibn Majah n° 2039)
Et si le divorce est prononcé sous la colère ?
« Oui, je l’ai dit, mais j’étais en colère… » Contrairement à une idée répandue, la colère ne suffit pas à elle seule pour considérer qu’un divorce n’a pas eu lieu.
Les savants distinguent notamment la colère ordinaire, durant laquelle l’homme reste conscient de ses paroles, d’un état de colère extrême pouvant lui faire perdre la maîtrise de sa raison. Entre ces situations existent également des cas plus complexes sur lesquels les savants ont divergé. Cheikh Ibn Baz رحمه الله détaille lui-même plusieurs degrés de colère lorsqu’il aborde le jugement du divorce prononcé dans cet état.
Il est donc dangereux de conclure seul : « J’étais énervé, mon divorce ne compte pas. » Si des paroles de divorce ont été prononcées, il convient d’exposer précisément la situation à une personne de science compétente afin qu’elle puisse établir un jugement.
👉🏻 Lire la fatwa de Cheikh Ibn Baz sur les trois degrés de colère رحمه الله
Comment gérer les disputes sans menacer son mariage ?
Comment gérer les disputes sans menacer son mariage ?
Une dispute ne devrait pas systématiquement se terminer par une menace de divorce, un départ du domicile ou un appel aux parents. Avant d’en arriver là, trois conseils concrets peuvent aider les époux à désamorcer le conflit et à préserver leur foyer.
Conseil n°1 : Ne pas faire de chaque désaccord un conflit
Tous les désaccords ne méritent pas de devenir une grande affaire. Dans la vie à deux, chacun découvre forcément chez l’autre des défauts, des habitudes agaçantes ou des comportements qui lui déplaisent.
Cheikh Salih Al-Fawzan حفظه الله conseille justement de faire preuve de patience face aux manquements de son épouse et de ne pas discuter sur chaque petite chose, mais de fermer les yeux sur les défauts qui n’affectent pas réellement le mariage. Cette attitude rejoint cette parole du Prophète صلى الله عليه وسلم :
« Qu’un croyant ne déteste pas une croyante, si il déteste un de ses comportements il sera satisfait par un autre de ses comportements » (Rapporté par Mouslim dans son Sahih n°1469)
Apprendre à passer sur certaines choses permet parfois d’éviter qu’un simple désaccord ne prenne des proportions qu’il ne méritait pas.
Conseil n°2 : Ne pas impliquer les familles dans chaque dispute
Après une dispute, le premier réflexe peut être d’appeler sa mère, son frère ou sa sœur pour raconter ce qui vient de se passer. Pourtant, exposer systématiquement les problèmes de son couple à son entourage peut finir par les aggraver.
Cheikh ‘Outhman As-Salimi حفظه الله rappelle que les époux ne doivent pas dévoiler leurs problèmes conjugaux à leurs proches et amis. Il distingue toutefois cela du fait de solliciter une personne lorsque son intervention est réellement nécessaire pour réconcilier les époux. D’ailleurs, lorsque le désaccord devient sérieux, Allah سبحانه وتعالى a légiféré la médiation :
« Si vous craignez le désaccord entre les deux [époux], envoyez alors un arbitre de sa famille à lui, et un arbitre de sa famille à elle. Si les deux veulent la réconciliation, Allah rétablira l’entente entre eux. Allah est certes, Omniscient et Parfaitement Connaisseur. » (Sourate An-Nissa, verset 35)
Il y a donc une différence entre raconter chaque dispute à son entourage et demander de l’aide lorsque le couple n’arrive réellement plus à résoudre ses difficultés.
Conseil n°3 : Ne rien décider sous le coup de la colère
Lorsque la colère monte, vouloir poursuivre la dispute à tout prix peut conduire à prononcer des paroles que l’on regrettera ensuite. Le Prophète صلى الله عليه وسلم a d’ailleurs répété à plusieurs reprises à un homme venu lui demander conseil :
« Ne te mets pas en colère. » (Rapporté par Al Bukhari n°6116, At Tirmidhi 2021, Malik dans « Al Muwatta » 2/362-466)
Dans ces moments-là, mieux vaut laisser retomber la colère et reprendre la discussion une fois les esprits apaisés. Le divorce ne doit pas devenir une arme pour faire peur à l’autre, prendre le dessus ou avoir le dernier mot.
Et si les mêmes conflits reviennent sans cesse, malgré les efforts de chacun, il peut être utile de chercher de l’aide avant que la situation ne se détériore davantage : auprès de personnes sages capables de favoriser la réconciliation ou, lorsqu’une question religieuse se pose, auprès d’une personne de science compétente.
Zawaj Sounnah : mieux se connaître avant de se marier
Zawaj Sounnah : mieux se connaître avant de se marier
La manière de gérer les conflits fait partie des sujets qu’il est important d’aborder avant le mariage. Comment réagissez-vous lorsque vous êtes en colère ? Quelle place souhaitez-vous donner à vos familles dans vos désaccords ? Quelle est votre vision du divorce ?
Autant de questions qui permettent de mieux comprendre la personne avec laquelle vous envisagez de construire votre foyer. Car être compatibles, ce n’est pas seulement partager les mêmes projets : c’est aussi savoir comment chacun réagit lorsque les difficultés apparaissent.
Sur Zawaj Sounnah, les frères et les sœurs peuvent justement aborder ces sujets avant de s’engager, dans un cadre conforme au Coran et à la Sounnah selon la compréhension des pieux prédécesseurs. Les échanges sont encadrés par notre équipe de modération afin de permettre à chacun d’étudier sa compatibilité avec sérieux, sans tomber dans des discussions inutiles ou la complaisance.
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