« Ah non, moi, je n’aime pas du tout ce prénom ! » Voilà une phrase que certains futurs parents connaissent bien… Alors que l’arrivée de leur bébé approche à grands pas, une question qui semblait pourtant toute simple vient semer la discorde : comment va-t-on l’appeler ? Il faut dire que le choix d’un prénom n’est pas anodin. Certains en ont un en tête depuis leur jeunesse, d’autres souhaitent rendre hommage à leurs parents ou à un proche. Et puis, il y a la famille qui s’en mêle, avec ses traditions et ses nombreuses suggestions. Chacun a ses préférences, ses arguments et parfois bien du mal à comprendre ceux de l’autre. Résultat : ce qui devait être un joli moment de complicité peut rapidement devenir une source de tensions dans le couple. Mais lorsque le père et la mère ne parviennent vraiment pas à se mettre d’accord, qui est en droit de trancher ? L’Islam accorde-t-il cette responsabilité à l’un des deux parents en particulier ?
Pour mettre fin aux hésitations, Zawaj Sounnah vous propose de découvrir ce que dit le Coran et la Sounnah au sujet du choix du prénom du nouveau-né. L’objectif ? Apaiser les tensions au sein du couple et rappeler aux futurs parents qu’un désaccord sur un prénom ne devrait pas leur faire oublier l’immense bienfait qu’Allah سبحانه وتعالى s’apprête à leur accorder.
Le choix du prénom est-il un droit réservé au père ?
Le choix du prénom est-il un droit réservé au père ?
En Islam, le droit de choisir le prénom de l’enfant revient en priorité au père. Et contrairement à ce que certains pourraient penser, il ne s’agit pas simplement d’une tradition familiale, mais bien d’un droit reconnu par la législation islamique. Dans une fatwa consacrée à cette question, Cheikh Mohammed Ali Ferkous حفظه الله explique :
« Il n’y a pas de divergence entre les gens pour dire que la priorité de prénommer l’enfant revient au père et non pas à la mère, car l’enfant est attribué au père, et c’est lui qui a le plus droit à le prénommer. »
Le savant rappelle ainsi que l’enfant porte la filiation de son père, ce qui explique notamment pourquoi ce dernier est prioritaire dans le choix de son prénom. Mais ce droit s’accompagne aussi de nombreuses responsabilités. Le père doit notamment subvenir aux besoins de son enfant, veiller à son éducation et accomplir la ‘aqiqa (sacrifice effectué à l’occasion de la naissance). Le Cheikh Mohammed Ali Ferkous حفظه الله précise d’ailleurs que ces obligations font partie des raisons pour lesquelles le droit de nommer l’enfant lui revient. Il ajoute également que, le Jour de la Résurrection, les personnes seront appelées par les noms de leurs pères, tout en rappelant qu’il existe certaines situations particulières en matière de filiation.
Ainsi, lorsque les parents ne parviennent pas à se mettre d’accord, le père est prioritaire pour trancher. Mais attention, cela ne signifie pas pour autant que la mère doit être écartée de cette décision. Bien au contraire !
Prénom du nouveau-né : la place de la mère et des proches
Ce n’est pas parce que le père a le dernier mot sur le prénom de son enfant qu’il doit nécessairement prendre cette décision seul. La mère aussi a son mot à dire, et il est tout à fait naturel qu’elle souhaite participer à ce choix. C’est d’ailleurs ce que rappelle Cheikh ‘Abdel-Aziz Ibn Baz رحمه الله dans une fatwa consacrée à cette question :
« Donner un nom à l’enfant est un droit du père, mais il est souhaitable de consulter la mère afin de la ménager et d’unir les cœurs. »
Autrement dit, si le père est prioritaire, il lui est recommandé de consulter son épouse afin de préserver la bonne entente au sein du couple. Après tout, le choix d’un prénom est un moment important pour les deux parents. Pourquoi ne pas en profiter pour échanger sur leurs préférences et trouver ensemble un prénom qui leur plaît ?
Mais qu’en est-il du reste de la famille ? Les grands-parents et les autres proches peuvent bien sûr proposer des prénoms, mais ils n’ont pas à imposer leurs préférences. Comme l’explique également Cheikh ‘Aziz Farhan Al-‘Anazi حفظه الله dans la vidéo ci-dessous, ce choix appartient avant tout aux parents, et c’est au père que revient la décision finale.
L’essentiel est donc de privilégier le dialogue entre les époux, sans laisser les préférences ou les attentes de l’entourage devenir une source de tensions. Chacun peut donner son avis, mais le choix du prénom doit avant tout se faire dans un climat d’écoute et de respect mutuel.
Prénom du nouveau-né : que faire en cas de désaccord ?
Prénom du nouveau-né : que faire en cas de désaccord ?
Le père préfère « Soumeya », tandis que la mère aimerait appeler leur fille « Aïcha ». Ils en ont discuté à plusieurs reprises, chacun a expliqué ses préférences, mais impossible de se mettre d’accord. Faut-il pour autant que ce désaccord se transforme en dispute ? Bien sûr que non ! Même si le père dispose du dernier mot, il existe des solutions pour tenter de départager les deux parents tout en préservant la bonne entente au sein du couple. Voyons ce que les savants ont expliqué à ce sujet.
Le tirage au sort est-il permis pour départager les parents ?
Dans une fatwa, Cheikh ‘Abdel-Aziz Ibn Baz رحمه الله a été interrogé au sujet d’un couple qui ne parvenait pas à choisir le prénom de sa fille. Le père et la mère avaient chacun une préférence et, pour mettre fin à leur désaccord, ils avaient décidé de procéder à un tirage au sort. La mère souhaitait alors savoir si cette pratique était autorisée en Islam ou si elle s’apparentait aux pratiques de divination interdites. Le Cheikh lui a répondu :
« Le tirage au sort dans de tels cas est en conformité avec la législation islamique, car cela permet de dissiper la mésentente et de ménager les uns et les autres. »
Pour appuyer sa réponse, le savant rappelle que le Prophète صلى الله عليه وسلم avait lui-même recours au tirage au sort dans certaines situations. Lorsqu’il souhaitait voyager, par exemple, il procédait à un tirage au sort entre ses épouses afin de déterminer laquelle l’accompagnerait. Ainsi, si les deux parents acceptent de s’en remettre au hasard pour départager leurs préférences, le tirage au sort est une solution permise. Il ne s’agit toutefois pas d’une obligation, ni d’une remise en cause du droit du père, mais simplement d’un moyen de résoudre leur désaccord.
Donner deux prénoms à son enfant : que dit l’Islam ?
Donner deux prénoms… Voilà une autre idée qui pourrait venir à l’esprit des parents lorsqu’ils hésitent entre deux propositions. Mais est-il réellement permis de donner plusieurs prénoms à un enfant en Islam ?
L’imam Ibn Al-Qayyim Al Jawziya رحمه الله aborde justement cette question dans son ouvrage Les règles concernant le nouveau-né. Il y explique qu’il est préférable de se contenter d’un seul prénom, tout en précisant qu’il est permis à une personne d’en porter plusieurs. Pour illustrer cette permission, il rapporte notamment un hadith authentique dans lequel le Prophète صلى الله عليه وسلم dit :
« J’ai cinq noms (prénoms) : Je m’appelle Mohamed. Je m’appelle Ahmed. Et je m’appelle Al Mahi par qui Allah annule la mécréance. De même je suis Al Hacher sur les deux pieds de qui se rassembleront les gens (au jour du jugement dernier). Et je suis Al A’aqueb après qui il n’y aura pas de prophète. » (Rapporté par Al-Boukhari 3532 et Mouslim 2354)
Si les deux parents souhaitent conserver leurs propositions respectives, cette possibilité peut ainsi leur permettre de trouver un terrain d’entente, à condition bien sûr que les prénoms retenus soient conformes aux règles de la législation islamique.
Choisir un prénom en Islam : les conditions à respecter
Choisir un prénom en Islam : les conditions à respecter
Nous avons vu à qui revient le choix du prénom et comment les parents peuvent se mettre d’accord. Mais attention, cela ne signifie pas qu’ils peuvent donner n’importe quel prénom à leur enfant ! Dans une fatwa consacrée à cette question, Cheikh Mohammed Ali Ferkous حفظه الله rappelle que les prénoms sont, à l’origine, permis, sauf lorsqu’une preuve religieuse indique le contraire. Il distingue ainsi plusieurs catégories de prénoms interdits, parmi lesquelles les :
- prénoms qui expriment une servitude envers un autre qu’Allah سبحانه وتعالى, comme ‘Abd Ar-Rassoul (serviteur du Messager).
- noms exclusivement réservés à Allah سبحانه وتعالى, comme Ar-Rahman (Le Tout Miséricordieux) ou Al-Khaliq (Le Créateur), lorsqu’ils sont employés seuls.
- noms de démons, comme Iblis.
- noms de tyrans mentionnés dans les textes religieux, comme Pharaon.
Le savant évoque également d’autres appellations interdites ou déconseillées, notamment certains prénoms dont la signification est déplaisante. On comprend donc pourquoi le choix d’un prénom ne doit pas reposer uniquement sur les goûts personnels ou les traditions familiales. Un prénom peut sembler joli, être à la mode ou avoir été porté par plusieurs générations sans pour autant convenir d’un point de vue religieux. Avant de prendre leur décision, les parents ont donc tout intérêt à se renseigner sur la signification du prénom envisagé et son caractère permis en Islam. Pour approfondir le sujet et connaître les autres catégories mentionnées par le savant, nous vous invitons à consulter la fatwa complète de Cheikh Ferkous حفظه الله, disponible ci-dessous :
Zawaj Sounnah : anticiper les désaccords avant le mariage
Zawaj Sounnah : anticiper les désaccords avant le mariage
Le choix du prénom n’est finalement qu’un exemple parmi les nombreuses décisions que les époux devront prendre au cours de leur vie commune. L’éducation des enfants, les relations avec les belles-familles, les habitudes du quotidien… Autant de sujets qui peuvent sembler secondaires avant le mariage, mais qui prennent parfois une tout autre importance une fois le foyer fondé.
C’est pourquoi, chez Zawaj Sounnah, nous encourageons les frères et sœurs à aborder ces questions avant de s’engager. Il ne s’agit pas d’être d’accord sur absolument tout, mais plutôt de découvrir les attentes de chacun, de comprendre sa manière de voir les choses et d’anticiper certains désaccords.
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